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vendredi 22 décembre 2017

La souris, l'eunuque, le cerisier et accessoirement la taupe : une histoire de chauves!


Une souris chauve buvait le thé sous le cerisier pleureur

lorsque l'eunuque chauve sourit en passant près d'elle…

- Une armée de dents plus brillantes que deux crânes nus -

Le cerisier releva légèrement ses branches

& rougit à la place de la souris car en plus de manquer de poil

celle-ci manquait également d'œil…

C'est donc l'histoire d'une souris à qui on voyait le caillou

mais qui, elle, ne voyait rien ! Mais alors rien de rien!

Même pas plus loin que le bout de son museau!

Quant à l'eunuque, quelque chose aussi lui faisait défaut

Quelque chose qui, dirons-nous, ne se remarque pas à première vue

- Une chance pour lui de rencontrer une souris myope comme une taupe -

Il était comme un arbre sans cerise, un cerisier sans fruit

(Faites-moi penser plus tard à vous conter les aventures de cette taupe
myope comme une souris)

C'est ainsi que l'arbre eunuque vint doucement s'asseoir près de la souris

partager une tasse de thé qui avait goût de larme

les larmes du cerisier…

Et si, hélas, vous ne comprenez pas tout ça

Répétez-vous cela :

"Ceci n'est pas une pipe"

Juste une histoire de chauve tirée par les cheveux!

2008


L'Homme Songe


L'Ange à barbe de plumes
se moque bien de la pluie
&
du soleil mourant
sur la toile des Maîtres

Lui
coupe coud
à tout va
des ventres nébuleux
avec des ciseaux siffleurs

Mais l'Aile au fil du temps
a perdu son accent
quand ce temps-là
gagnait en longueur

C'est une histoire d'hirondelle
&
de belle tissure

Vers la tige que l'eau dévale
Je t'attendrai…

Serre-moi jusqu'à nous fondre
Renverse-nous à confondre
Enfer & Ciel

L'Homme descend du Songe

La Nuit sait toutes ses vérités
Bien plus de 4
face à la Lune

Par-ci par-là
les papetiers
vendent encore de ces bouts d'Elle
enchanteurs
enchantés

Alors tout au bas de ma page
s'envole son corps beau

Nous sommes Plumes
Perpétuelles
puisque nos encres
l'une vers l'autre
coulent sans cesse


2008



jeudi 21 décembre 2017

Muse Fantôme

(En collaboration avec Lucy Dayrone)


C'est parée de sa peau qu'on me voit parader

à petit pas de chat vers le plus grand palais

où pleurent les miroirs d'eau et tous les peupliers


Tandis qu'une clepsydre avide de temps

mais vide de sens compte & raconte…J'attends

Je farde tantôt rouge tantôt noir parfois blanc


Son étreinte me gaine d'un corset d'amour fol

qu'elle se plait à lacer de ses lèvres cabrioles

sous la pluie panachant de perles nos paroles


Soupirs caresses croisés…Mord le nœud puis s'efface!


Alors grandit en moi ANNI-HI-LA-TION

la remise à zéro de mes sens sans raison

qui fait un gouffre de ses disparitions


Séparée de sa peau voici la nuit tomber

mais je sais tant sa chevelure toute emmêlée

de rires de vents d'ouest et d'alpestres nuées


Qu'elle me cortège jusqu'à l'antre du Songe

Là où l'orée des fables sans cesse s'allonge

Là où sommeillent les faunes repus d'oronges 



Soupirs caresses croisés…Mord le nœud puis s'efface! 

Nous chevauchons licornes aux robes de lis

Phœnix resurrecteurs et autres Apophis

Masques flambants rémiges cardinalices


L'aube réinvente la douceur de ses mains

Des jupons à traîne tous tendresse et satin

qui me frôlent ou m'enjôlent à dessein


Un mot créé de toute lettre chuchote-t-elle

unissant à mes doigts ses doigts aquar'ailes

que ceignent deux anneaux devant l'Ethernel


Soupirs caresses croisés…Mord le nœud puis s'efface!


J'embrasse une dernière fois son visage

et déjà le jour aux tristes arrimages

fait d'elle le plus déchirant des mirages


Elle s'estompe peu à peu je maudis le soleil

toutes ces heures de trop assassines veilles

où les scènes se succèdent à jamais pareilles


Alors l'Espoir se meut en plénitude

car Muse donne un Ballet Infinitude

au Grand Théâtre de ma Solitude…

2008



Le dernier chant



















Elle a versé ses dernières larmes
la Saison 3 des Couturiers
tandis qu'à l'autre bout du rêve
la reine niait funeste sort
en détissant la toile

On nous dira
c'est démodé
des mots d'aimer des mots d'amant
des maux d'âme en 2 cœurs aimants
des mots d'avant
c'est démodé

Parce qu'il faut oublier
cet il y a de trop
et brancher nos modems
en pile otage automate tic

Alerte! Alerte!
Cheval de Troie!

Vie russe et vodka tagada
KamaSutra de poche
Welcome & strip en ligne
Webcam isole en clic

Voyelle consomme voyelle

Alerte ! Alerte !
Cheval de Troie!

Image…Icône…Ithaque

Pénélope pleure 4 jambes, 4 mains, 4 yeux
contre dieux & démons

Car l'Ode ici c'est l'Odyssée

L'attente s'ajoute, le temps se joue, l'amour se joute
au fil de la quenouille

Envoyer donc valser Scylla, Circé
et le lipstick de Calypso !
dans les troublantes eaux

Chaque vague ramène vers la douce rive reine
Je me rappelle…

Icare…Idole…Ibis

Les océans n'ont pas assez de houle
pour drosser loin de l'espérance
sa fascinante essence

J'entends encore le dernier Chant
le dernier Chant…

2008


Au commencement

Au commencement, c’est un quai.

Un quai trop droit où je tourne en rond.

C’est au compte-gouttes que le sablier y délivre ses grains.

« Deus ex machina » enrayée, gorge enrouée.

Au commencement, j’attends.

Cette attente, c’est une main trop droite que je passe dans des cheveux trop fous.

Lui plairai-je encore comme au premier…quai ?

D’un œil trop maquillé, je scrute un horizon de rails.
Des rails, rien que des rails et des caténaires fantassins qui quadrillent un ciel trop blanc.

Je crois bien que je maudis les gares autant que je les aime.

Quels seront mes premiers mots ? Mon premier geste ? Dois-je d’abord sourire ? Ou bien l’enlacer ? Lui dire qu’elle est chaque fois au-delà de mes espérances ? Non, il faudrait du beau, de l’exceptionnel ! Parfait reflet de mon émoi ! Un jour, promis, je me jetterai à l’eau et je l’accueillerai, un poème à la lèvre ! Mais pourrai-je, ce jour-là, faire taire le volcan qui me sert de corps et lui déclarer, comme il se doit, ma flamme ?

Sur ce quai trop droit, je pense trop.

J’ai le cœur trop jeune, l’âme trop vieille.

Je déraille un peu, beaucoup, à la folie…

Je suis tout l’monde, je n’ suis personne et dans cette confusion extra-sensorielle, j’attends ma condition sine qua non.

Alors, la tête du dragon traverse le brouillard.

Ça y est ! Nous y sommes !

Je regarde ce dragon étirer son corps trop long.

J’essaie de reprendre mon souffle malgré l’attente, malgré le bruit, malgré la foule mais ce tout ce temps passé sans elle, m’a trop asphyxiée. Mais tout ce temps passé sans elle est une Absurdité !

Au commencement, j’avance toujours dans le mauvais sens. Désolée, ce n’est pas que je fasse exprès. J’ai trop tourné en rond, j’ai trop attendu, j’ai trop pensé ! J’ai la boussole en pièces.

Demi-tour. Tout droit.

Je perce ma bulle et touche enfin du regard son unique silhouette.

C’est elle qui me sourit.

Que faire de tout ce cœur qui cogne là comme un aliéné à la porte de sa cellule ? J’voudrais l’arracher de ces chairs, l’affranchir, le jeter à ses pieds !

« Recevez, Ma Dame, cette fleur de sang, impérissable, en gage de ma passion »

Un jour, promis, je le ferai.

En attendant, sans trop réaliser, je la serre dans mes bras, avec toute la maladresse d’un amour de 15 ans.

Je meurs !

Voilà le commencement.

2008

C'est une belle journée














C’est une belle journée que jouent la pluie et tout l’orchestre
sous le blanc kiosque au fond du parc

Au fond du parc sous le blanc kiosque
vos doigts repoussent avec tendresse
les mèches bien impolies qui cachent mon visage

La pluie chante tout doux mais rien n’est plus suave
que votre lèvre posée là sur ma lèvre

La langue pénètre l’orbe comme une perle d’eau
et je crois boire à la gorge du ciel

Tellement fragile
Je tremble d’abîmer l’instant
Tellement troublant

Oh dîtes, embrassez-moi encore ! Embrassez-moi toujours !
jusqu’à l’heure fatidique où il faudra partir
et remettre à demain cet amour que je veux faire avec vous

Sous le blanc kiosque au fond du parc

Au fond du parc sous le blanc kiosque
Vous attirez mon corps vous attisez mes chairs
vous aguichez mes sens vous aiguisez ma faim

Je sens mes dents pousser avec ivresse
Cachez, je vous en prie, ces charmes
à me couper le souffle, à vous couper les veines

C’est presque inhumain de vous aimer à ce point !
sous le blanc kiosque au fond du parc

Au fond du parc sous le blanc kiosque
Je lutte de tout mon être
mais les boutons que vous défaites
signent déjà l’exquise défaite
Mes mains, ma bouche courent sur vous !

Oh dîtes, embrassez-moi encore ! Embrassez-moi toujours !
jusqu’à l’heure fatidique où il faudra partir
et remettre à demain cet amour que je veux faire avec vous

2008

LE MOT


A son poignet décroît une
Lune puis une autre
Lune toutes deux à demi
Ça ne fait qu’une et même
Lune et pourtant chacune
D’entre elles garde le MOT
Le plus long de tous
Les mots le plus ancien
Rien qu’en neuf
Lettres
Bien au-delà des dunes
Quand l’âme invincible
D’une main invisible
Allume le ciel
Eteint le jour
Rien que pour Elles
Et Pan dort tout autour
De l’une puis de l’autre
Lune & Pandore
Ouvre la boîte
Scellée d’un pentacle
C’est alors qu’une à une
Les neuf lettres s’envolent
Bien au-delà du Val
Bien au-delà des dunes
Quand les âmes enlacées
Allument le ciel
Eteignent le jour
S’il nous est donné une
Lune peut-être deux
Mais chacune pleine
Du douloureux émoi
Je déferai sa noble coiffe
Ode aux sous bois
Et sur le sable retrouvé
Je renaîtrai écume
Je revivrai pour Elle
Un à un tous les contes
A rebours
Une à une
Les légendes d’amour
Ce qui s’écrit à la plume
Sur le vélin du temps

2008

Elle était une fois



Là tout au fond du sac

la Fée de verre vêtue

fétu de vert

fait une prière

toute en Idem

Une deux trois lettres

La fée s’est endormie

La feuille aussi


Coraline l’étoile

Carminée sa bouche

Pourpre nos joues

lorsque s’engouffrent nos souffles

dans nos cheveux jusqu’à nos cous


Vois je respire !

Je LA respire

Infime Abîme Cime

En vie !

Et je perds tête et je perds pied


Je l’entends rire

Je l’entends dire

des mots magiques

Mots magnétiques

Mots magmatiques

Des mots que nulle autre

jamais ne me dira

Des mots que je veux voir danser

sur ses lèvres seulement

Seulement…


Des mots ! Des mots ! Des mots !

Peu à peu

Face à face

Tête à tête

Corps à corps

Bouche à bouche

Des mots ! Des mots ! Des mots !


« Il crisse, ce beau cristal mélodieux

De ma peau à sa fragile matière… »(1)


Je LA respire comme on respire

la Vie !

Vers, veines gorgées de pluie


Le parfum se fait note

La note devient goût

Le goût caresse

Caresse vision

Enchanteresse


Elle a les yeux plus clairs que l’eau qui tombe

Elle a les yeux plus clairs que l’eau qui bourde


Cor petit tambour

Chair bambou

Des ronds à la surface

Dix mille bulles éclatent


Et la vie transe et la vie trace

à la craie noire

nos cils houlettes

L’envie balance, balance

nos corps pas assez nus

Balance encore !

Toucher le ciel puis disparaître

Bouche à bouche

Corps à corps

Tête à tête

Face à face

Peu à peu

comme s’efface

la silhouette du jour

sous les tapis verts, jaunes et rouges

d’un automne troubadour

2008





(1) "Valse Nocturne" Lucy Dayrone

Trois petits tours

6h32
Il n'est plus que trois tours de cadran et quelques pas entre nous.
Pourtant je n'ose y croire.
J'ai tant appris à t'aimer dans l'absence du corps que ce jour me semble un rêve. De ceux que je fais chaque nuit depuis des milliers de tours de cadran.
Dans l'absence du corps, j'ai tant écrit! Me rappeler chaque millième de seconde entre tes bras, chaque millimètre de ta peau…
J'écris pour t'attendre sans une lame à portée de veines. Je t'attends pour t'écrire encore bien des poèmes fous pour le restant de nos tours de cadran.
Je suis quai, arrêt de bus, station de métro, parking, parvis, couloir, porte, plage, manège, lit, bougie, billard, plume, arbre, feuille, ciel, nuage, caillou, étoile, miroir, verre, page, chanson, crêpe, crayon, ancre, confessionnal, vitrail, gâteau, marche, escalier, cloche, gargouille, lac, pierre, corbeau, pétale, cigarette, fenêtre, écran, boîte…
Je suis tout ce que les autres ne verront jamais comme nous, nous le voyons. Tu m'as extirpé des rangs de l'humanité, tu m'as rendu à la Nature et c'est dans cet état de métamorphoses perpétuel que je t'aime sans jamais faiblir.
17h00
Il n'est plus que trois tours de cadran et quelques pas entre nous.
Je redeviens l'Enfant qui attend le matin de Noël, les yeux écarquillés, le corps sautillant et qui n'ose y croire pourtant.
17h05
J'attends…
17h06
J'écris
17h07
Je…

2008

Astro'Lab

Les preneurs d'étoiles ont des visages de cuivre lorsqu'ils sillonnent les mers de nuage, à bord d'étranges volateurs dont les élytres de bois, monotones, stridulent.

Les preneurs d'étoiles portent de biens curieux noms, échos des abîmes qui les ont dévorés et qui ont laissé légions de cicatrices sur leurs peaux brunies.

Les preneurs d'étoiles, même en fermant les yeux, voient encore des monstres à trois têtes, des crânes balançant comme des pommes sous la branche et la pâleur irradiante d'un sein de Bacchante.

Les preneurs d'étoiles ont le cœur vide d'avoir trop cherché jusqu'aux "Tristesses de la Lune", le si cher reflet…

Les preneurs d'étoiles cachent d'obscurs parchemins scellés avec leur sang dans leurs bottes à chaudron. Ils ont aussi dans leur barda, des plumes qui chantent, des encriers de jade, des lunettes de Galilée, des gyroscopes gravés de symboles latins, hébreux, égyptiens, arabes, chinois! Et des cartes qu'on peut dérouler à l'infini!

Les preneurs d’étoiles souvent se perdent au large en quête d’horizons un peu plus neufs, un peu plus longs. Ils ont le cœur comme des détroits et l’appétit d’une famille d’ogres. Plus tard on trouve leurs os éparpillés sur des plages sans homme ; leurs os blanchis par trop de sel, trop de soleil ; leurs os plantés dans le sable. Ce sont des runes sans lettre, des couteaux de Rahan.

On conte leurs aventures, le soir au coin du feu, à des gamins qui roulent des billes tels des lapins en fuite. Puis un jour, à leur tour, ces enfants deviennent ces preneurs d'étoiles.

2008

Octobre 007


D'une étincelle mourant sous les grisailles humanoïdes
Elle fait la Flamme, Or virginal.

Loin des sectes xylophages,
ses yeux, détenteurs des torches,
ne connaissent pour bûcher que mon désir.

Et d'un vers de laudanum
sa voix s'incite en mes axones
28 fois trop romantiques

Si la vie réclame un épilogue
Que feront nos songes sans-culottes
de ces corps centrifuges
toujours là à la traîne des comètes
comme des boulets de Cayenne?

Vas-y fais pleurer les étoiles!
Je meurs de soif…

La poésie est une hôtesse de bar montant
Le ciel comme un orgasme se décompose en strates

Comme j'aimerais dîner au chant d'Elle
d'un cœur sous cloche et d'un rouge
sang
que la lune décanterait

mais Octobre n'en finit pas!

Octobre et ses cadavres chlorophylliens
Octobre et ses soleils amputés
Octobre à l'ombre des Faux Zola

N'y a-t-il donc pas un Nemo pour capturer la pieuvre?

Sais-tu ce qu'est le ciel?
Rien de plus ni de moins qu'une eau renversée
Un 6-9 que les fard bleus et les écumes volantes trahissent

Et pourtant mes racines rêvent ce Très Haut
Alors je tire ma flèche…

J'attends Novembre

2008



La fable d'émeraude



















Chez le marchand de ciel, ‘y a des idées au gramme, des fables d’émeraude et des étoiles foraines.

Chez le marchand de ciel, ‘y a des sacs de bulles, des nymphes acidulées, des rêves à s’y brûler…les ailes…Lys d’orage, souvenir de vagues, boussoles en chocolat.

Chez le marchand de ciel, on croise parfois le marchand de sable, qui traine sous ses yeux, de grandes valises bleues. Ça ne dort pas un marchand de sable, pas plus qu’un marchand de ciel. Ça va nus pieds fouler l’azur, les dunes et enlacer la mer.

Chez le marchand de sable, ‘y a des écrins de peau enfouis, des horloges funambules, des cheveux pleins de vent.

Chez le marchand de sable, ‘y a des cercles d’argent, des cloches volantes et des wagons de clowns.

Chez le marchand de sable, vient souvent une reine précédée d’un si…ça ne dort pas une reine précédée d’un si. Ça cherche encore le chemin de novembre, même au cœur du printemps. Et puis ça chante des histoires de poupée rousse en dévorant l’écume.

Chez une reine précédée d’un si ou chez un si suivi d’une reine, les plus tristes écueils gémissent sous d’albes lunes en espérant vos charmes.

Chez une reine précédée d’un si ou chez un si suivi d’une reine, ‘y a des miroirs d’océan, des fontaines lumineuses et d’immenses jardins où fleurissent nos reflets à jamais fondus. 

2008

Impromptu n°10















Lucy ferme les yeux, s’endort
là où mon corps n’est pas
mais tout un rêve fait de nuages
de ruisseaux mauves chuchoteurs
de pluies de sable et de langueurs
chaque fois l’emportent jusqu’à moi

Chandelle est morte…Ouvrez ces âmes !

Lucy ferme les yeux, s’endort
loin du gris monde grand dévoreur
et moi là où son corps n’est pas
je compte moutons faits de nuages
jours de chagrin qui nous séparent
le cœur à vide, le cœur…Allô ?

Chandelle est morte…Ouvrez ces âmes !

Lucy ferme les yeux, s’endort
Il fut dix nuits pour nos deux corps
L’un contre l’autre comme s’est peu !
Lorsqu’on s’attend depuis la nuit
la nuit des temps
Dix nuits à se dire immortelles
et toutes les autres pour se rappeler…

Combien mon souffle dans ses cheveux
aimait jouer les impromptus !
Combien ses ongles dans mon dos
savaient me faire perdre raison !

Lucy ferme les yeux, s’endort
& Utopya jaillit de l’Ombre…

2008

E=Nc2 ou la définition de l'Infini Sable

















Imaginer juste.

Alors ce que diront les mots  sera "pour de vrai". Imaginer juste. Donner la vie. Une vie haute comme ça! Haute comme trois, trente, trois cents pommes! Une vie haute en couleur! Se prendre pour dieu. Avoir le crâne fécond. Rien que pour une page si dieu est un paresseux si concis, aimant jouer un peu trop à l'ego. Rien que pour mille feuilles si l'œil de dieu dépasse sa panse élastique.

Il existe un endroit qui se voudrait davantage un non lieu parce que nul homme n'en a jamais délimité les frontières. Ni l'homme, ni le bras droit de dieu (sa main gauche étant trop occupée à dompter les flammes! Enfin c'est ce qu'on dit depuis l'aube des temps mais je me méfie de l'aube : elle a vite fait de refaire le monde en deux trois coups de crayon bleu sans rien demander à personne). Un endroit à l'envers du jour terre à terre, un endroit allant vers toi, un endroit tout en courbes…un lieu dit ou non…d'asile…L'Origine de Nous. Mais comme tu n'as pas plus que moi l'âme géomètre ou horlogère, cet endroit pourrait être n'importe où et bien plus vaste que l'idée même de dieu

La matière y est en perpétuelle transformation. Les particules du cirrostratus nebulosus, par exemple, sous une forte pression chimérique, se changent fréquemment en rhytidome de selennium silva (plus connu sous le nom d'arbre à lunes). On ne sait jamais si l'eau tombe du ciel ou si c'est le ciel qui tombe de l'eau. Si le fait d'ouvrir les yeux est un mensonge ou si celui de les fermer constitue en lui-même la plus belle approche de la réalité…

On peut croquer le fruit de l'imagination. Il est tout aussi vrai qu'une, deux, trois, trente, trois cents pommes! Personne n'a osé remettre en doute après tout l'existence des Hespérides, de leur jardin sacré ou encore de leur pommier en or (il aurait fallu pourtant s'interroger sur la nécessité d'une pomme en métal ainsi que sur les techniques odontologiques de l'époque…)

Imaginer juste.

Je pense le poème mais c'est lui qui m'anime. Je t'écris et tu pénètres en moi à flots. Je ne suis plus qu'une fenêtre consentante ou un réseau de veines off! Et je finis par devenir ce poème, cet endroit, ce non lieu, qui voudraient à leur tour t'absorber. 

Les plus savants ou les plus découragés parleront de théorie du chaos en ce qui nous concerne, peut-être même de mécanique céleste…Seul le chaos connaît sa véritable essence. Comment expliquer avec toutes leurs équations pleines d'inconnues que mon je + moi + ça = ça + toi + tu ? Toutes ces mathématiques ne veulent rien dire pour Nous! L'Ordre est bien plus absurde que le Chaos! 

Imaginer juste… 

Que je sculpte le Songe dans la voussure de son sein
lorsque maintes et maintes liernes sillonnent la vastité
Que ma vertu faite chair ne puit alors que flamber
sous la ferveur si romanesque de son étreinte

Qu'on érige de nos cœurs une voûte en berceau
et des nefs perlées à chaque mort plus fabuleuses
tandis que les chapelles rayonnantes se creusent
aux échos incessants de soupirs croisés d'assauts

Que s'ouvrent les baies des dernières abbatiales
Que les astres jaillissent jusqu'au plomb des vitraux
couronnant son doux front de milliers de flambeaux
inculquant à mon âme son ultime I…nitiale

Alors ce que diront les mots sera "pour de vrai"!

2008

Une souris bleue



'Y a des brumes par ici
Aussi des ponts
Neuf...pierre...soupirs
Sans importance

On y danse! On y danse!

Bois...verre...levis
Sans importance

On y danse! On y danse

Et nous perdons nos yeux
derrière le ciel

Une ronde de nuit tout autour de tes flammes
La blanche page où je t'espère tout bas

'Y a des rires par ici
Et des allées

TournYcoti! TournYcoton!

Rien qu'un manège de bois
Un happe songes

TournYcoton! TournYcoti!

Mes mains dans tes poches
J'colore le monde avec tes yeux

Une ronde de jour au milieu de décembre
La blanche page où je t'attends

'Y a du vide par ici
Du temps pour rien

Il pleut! Il pleut!

Des cordes pour pendre les fous
Des souvenirs à rendre fou

Il pleut! Il pleut!

Du soleil mourant
à mes yeux sans tes yeux

Une ronde blanche entre deux longs silences
La page de nuit où je bulle à plume de loup


2008


Ainsi que deux sylphides


Aujourd’hui, j’ai rendez-vous. Quelque part entre la 25ème heure et le 5ème point cardinal. J’ai rendez-vous avec Elle mais je tairai son nom car mes ballades fuient les jardins publics, les effets de certitude.

Point besoin de nommer pour apprivoiser : je la veux libre! Sauvage! Point besoin de nommer pour vaincre la peur : je n’ai pas peur! Je n’en ai pas le temps. Il n’y a que du désir pour tordre mon ventre, ligoter mes entrailles, exploser mon cœur!

Je m’habille mais à quoi bon ? Bientôt trop de tissus, trop de mots, trop d’air entre nous et pas assez de lunes à venir dans l’attraction des corps. Nos peaux chaudes et moites, jusque dans leurs replis les plus intimes, ne souffriront pas même un chuchotis. Je le sais, tout aussi bien que je la connais, Elle, depuis toujours, au creux de nuits où j’ai cherché sur d’autres lèvres son essence sacrée. De lapements en miaulements…à me rendre Grenouille!

Je prends le train, la transe bacchanale, la queue d’une comète pour la rejoindre. Je vais l’aimer à l’envers. Rattraper ainsi le temps perdu. 

Elle m’attend. Là-bas. Sous l’Arbre. Oui, elle m’attend.

Elle a dans les cheveux mille cerfs-volants, cracheurs de flammes. Des cendres, des eaux, je ne suis plus que cela. Et je bats la mesure allegro con fueco! Comme si mon sexe était un cœur, mon cœur une tête, ma tête un ciel saturé d’éclairs!

J’avance vers Elle. 

Où poser mes yeux ? Près des siens ? De cette nuque ? De ce sourire ? De ces seins que l’ombre de mes doigts déjà extirpe au textile enjôleur ?

Entre mes cuisses, éros verse un larme. Je tremble.

Elle se presse tout contre moi. D’une main sur ses charmes callipyges, je l’étreins encore davantage et mordille son cou.

Je cède à son parfum. J’oublie. Je tourbillonne. Elle plante son étrange baiser, cette violente douceur.

Elle m’a drôlement manqué.

Trop de jours à imaginer mon souffle au cœur de ses vallées mais pas assez de lunes à bénir dans l’attraction des chairs.

Je la sens frissonner, vaciller à son tour. Alors mon autre main se couche sur sa rose épineuse.

Les seins durcissent. Les ventres ont faim. Il faut dénuder, cueillir les fruits mûrs. Par où pécher ? A portée de sens, mille gourmandises! La maison de pain d’épice, les pommes d’or, les Noces de Cana, les merveilles d’Alice…

La Nature nous appelle, épelle nos prénoms en abracadabras presque obscènes. Les racines s’emmêlent, les hélices fondent comme nuages de lait.

Je descends les sentiers blancs que l’envie empourpre vers l’alcôve humide.

J’approche ma bouche…


Sous ma papille ombelle coule l’Ambroise hydrante

qu’en ta baie zéolithe ma langue scolopendre

vient glaner toute avide et curieuse des sismiques

tressauts qui s’emparent de tes reins botaniques


Je lampe à petits coups puis pénètre cette ombre

- nageuse d’ébats, maîtresse de soie rhizome -

de mes phalanges liquoristes en binôme

faiseuse de mots à hic et d’ors gironds


Ainsi ton dernier cri suspend ma douce ellipse

sur l’écueil turgescent dans ses franges d’écume

Ma langue se retire pour que la sorgue exhume

de ses chairs noircies tes astres vers libristes


Une larme épilogue et mes lèvres se pagent

à l’aréole de ton sein opaline

susurrant encor’ d’alliciants badinages

loin du jour sicaire aube à crinoline

2008






Le boudoir de Sarah

Le temps d'une bouderie
mes doigts d'un jeu fugace
l'étroit corset délacent
en chartre de soie-nuit

Jaillit le sein si rond
que ma bouche affamée
vient brusquement super
rêvant déjà de son giron

Tout de guipures de dentelles
abri de mes lubies d'amant
île aux trésors si moites et blancs
bordés de tendres jarretelles

J'y mène une main dégantée
cueilleuse de petits fruits acides
aux peaux de pêche parfois timides
mais qui succombent à mon toucher

Sur un divan rubis-lubrique
la libellule cligne des ailes
et sa vertu ainsi chancelle
dans un vertige de belle métrique

2008


Page blanche



Je suis Noire

Noire de Fard
et j'entre dans le Monde
qui fait la peau
gardienne
l'écran total
Ce qui sied le mieux
pour le jour du bal

Je suis Noire

Noire d'Etoffe
et l'œil file comme le pas
un train d'enfer
à grande vie test
quand il manque
sa beauté
scripturaire

Je suis Noire

Noire de Lune
et aux abords du chemin
long si long
je m'accroche
[triple sceau
de l'amor]
à ses cheveux
fantomatiques

Je suis Noire

Noire d'Encre
et je peins l'Arche
aux sept voussures
sur des tissus
de légendes

Je suis Noire

Noire de Caillou
et je traîne l'ennui
de virgule en chut
libre !?!
Je tourne
Je perds
J'attends
Le petit pou c'est
Moi


Je suis Noire

Noire de Toi

2008

Qui sait...

















Une autre nuit qui sait…
Faire de ton corps
ma strate à gemme
comme avant
comme le vent
Ciseler le vers ou le velours

J'ai la constance de l'Ethernel
et l'espérance de mille pieux

Je t'ai rêvée des lunes pleines
sur des cirrus amoureux

Qu'importe si la Terre ne comprend pas
Que j'ai du Ciel dans les veines
et le goût du secret
sous mes grimages de jais

Puisque tu sais tout ça
Toi
simplement
d'un motus ou d'un mot
de trois points suspendus
à nos mêmes royaumes

Puisque je te devine
Moi
dans les nuits les plus blanches
quand les dieux perdent ici
la tutelle et la tête
en mémoire de tes hanches

Une autre nuit qui sait…
Plutôt dite que lue
Le fanal pèsera davantage que l'or
sous le mât chancelant
d'un vieux cirque de rue

Comme hier
comme le lierre
dénouer la corde ou la serrer

2008

Aux premières gelées


















L'eau tonne en cascade
qui tombe à l'automne

-effets pourpres de l'arbre-

Et mon cœur, et les feuilles
mises à feu, mis à nu
entonnent ensemble
l'air bien connu
parce qu'espéré
quellement
cet air à croire
aux belles histoires

-longue marche arrière-saison-

Je l'imagine
sous toutes les coutures
même les plus hautes
parée de mille feux
vêtue de gelée noire

Chaque filin du ciel
s'enroule à mon souffle
pour dessiner sa grâce

-échappées de temps perdu-

Tout est délice sans nom
mémoire de l'eau
au bord du timbre
et le jour fait peau neuve

Il y a de l'heur sur nos visages
des silences
qui se passent de mots
quand le corps tremble
sans désemparer

-balbutiements des âmes-

2008