mardi 9 juin 2026

 Nuit est un zèbre

Diode chasse étoile

colore plafond

de bleus électriques

6h05

Rechargeons batteries

de nos oiseaux

de poche

Le jour est à nos portes

plus affamé qu'hier

MONSTRE TUEUR

POLYMORPHE

MONDIALISTE

Au bord du lac de Stymphale

résonnent en hordes les cymbales

Et le plumage taché de sang

Allons! Allons!

Poursuivons la conquête

Conquête de l'espèce!

Que ferons-nous

des résistants?

Des survivants?

Des rêveurs?

On les enverra sur la lune

casser des cailloux

Oui on les enverra là-bas

dès qu'on saura marcher

Il faut ressusciter Kubrick

Ressortir des placards

tous nos kikis cousus

les cubes en kit

Rubik's recollés

Lego défenestrés

Ce qui dégueule de couleurs

contre Architectes éclopés

Même plus de clopes en chocolat

dans les drugstores




Les soleils morts

 


Voici que tombent à ma porte

toutes les larmes de l'automne

Rouges comme des soleils morts

qui dans le fond des horizons

flottent - flottent encore

Tristan fantômes

en espérant leur chère aimante

leur belle amiante

Vois! L'eau rage!

L'entends-tu

cogner les toits?

griffer le bois

de nos volets?

Ecoute un peu

son vieil ami

Le vent pirate

sabrer des arbres les bras nus

Et l'ombre danse

autour des ans

C'est le crochet du Capitaine

qui voudrait tant

plonger son fer

dans nos cœurs d'encre

et de romance

Ce jour Novembre

a la couleur des peines

Celle qui revêt

Sépulcres, stèles

et les épaves assoupies

au cimetière des baleines

Et dire qu'antan

il était d'ambre

il était nôtre

Notre novembre

Te souviens-tu

comme il chantait

ta chevelure?

Toutes ces fables d'émeraude

qui peuplent encore tes yeux

MON ANGE

T'en souviens-tu?

De ces légions noires de soleils

qui ont bercé nos corps

dans leurs dentelles?

Et du velours du vin

sur nos langues enlacées?

Je n'oublie rien

NON

je sais

le nombre de marches

qui nous séparent du ciel

l'abîme sous mes pas

au tout premier baiser

et tout ce sable

à ne plus savoir qu'en faire

quand tu n'es plus là

pour conter...

Je sais

le flacon et la fée

les rose saumon

les bambous funambules

et les tours

qu'il faut attendre

des pendules

Je sais

mon Ethernité

autour de ton poignet





Devil Spiral

 


MORPHINOMANE

 Brisée

la fiole

sur le plancher

pourri

Gonflée

la veine

la bras

qui pend

dans le vide


Ce qu'il reste

Ce qu'il reste

de corps

en travers

des draps

GIT


Laissons passer l'aile de dieu

au-dessus du jour

L'oubli se compte en gouttes

Chaque heure a son aiguille


Tic ploc

Plic tac

Ouh Ouh

Ouroboros

encore


Dans le soufre des caves

rôde un chat à neuf queues

Au minuit des venelles

les rampantes gémissent


Laissons au bestiaire

manteaux de brume

vestes de loup

chapeaux pointus

Ce qui ronge les sangs

dans la poussière


Ding Dong

Dingue Go

Pour qui sont donc ces cloches

qui chantent dans nos chaires?


Oh Oh

Onomatopée

Pierre babélienne

et Tamerlane?


Ôtés la stèle

le chapitre

Les steppes n'ont plus d'empire

Cachées les croix

au fond des malles

de Nederland


Blanches

Blanches ténèbres

Passons des ponts

Passons des monts

plus acérés

que serre dragon


lundi 8 juin 2026

V _ LOVE

 Trois ou quatre ans. Peut-être cinq. On m'offre mon premier vélo. Un vélo vert. Aussi vert que le sapin au pied duquel il trône. Scintillant davantage sous les guirlandes électriques. Chez qui fêtons-nous Noël? Je ne m'en souviens plus. Y a-t-il une maison? Quatre murs autour? Tout s'efface. Le temps dessine, au milieu de la page, un sapin. Un sapin vert. Aussi vert que le vélo derrière lequel il meurt tout doucement, sans faire de bruit. Quand mes mirettes, elles, brillent! Crient l'incommensurable joie! Oui, j'ai la pupille enguirlandée, criarde et le nez frétilleur parce qu'un arbre, même coupé, ça sent bon la forêt, le soleil d'hiver, les chuchotis de la mousse. Un arbre, même coupé, ça sait tricher, faire croire à des bois magiques. Un arbre, même coupé, de toutes ses aiguilles comme autant de mains, ça réussit forcément les tours de passe-passe.

Il faudra encore attendre trois ou quatre ans, peut-être cinq, pour que je saisisse toute la complexité du tour: la vie peut parfois jouer à faire la morte mais la mort s'amuse, elle aussi, à faire la vie...

J'approche de tout ce vert et constate avec effroi le second crime! Qui a osé défigurer la fantastique machine en y greffant ces petites roues? Qui est le traître? Qui remet en cause mon équilibre? Papi? Non. Il n'aurait pas osé! Il ne fait qu'aider le Père Noël, de temps à autre. Oui, papi c'est comme qui dirait une sorte de lutin mais qui n'habite plus là-haut, au royaume des neiges depuis longtemps, très longtemps. La famille préfère dire qu'il est parti à la retraite mais j'ai vite pigé, moi, avant tout le monde, le fin mot de l'histoire. Je garde le silence.

Ah les horribles roulettes! Maman promet qu'on les enlèvera bientôt lorsque je serai prête à faire du vélo comme les grands. C'est quand bientôt?

Premier bientôt. Sur les trottoirs bordant la longue allée des marronniers, je m'élance, ivre de vitesse et de courage. Chutes à répétition. Inévitable. Genoux en sang. Inévitable. Le métier rentre. Une peau, ça s'écorche facilement mais le plaisir de pédaler, le vent dans le dos, ça, ça rend invincible! Le métier rentre. C'est ce que disent les grands. Les grands parlent trop ou pas assez. 'Y a pas de juste milieu avec eux. Ce n'est pas comme la page blanche.

Second bientôt. Le vélo vert doit être remplacé parce que mes jambes poussent trop vite. Il serait donc plus facile de commander une autre machine fantastique aux lutins du Père Noël, habitant là-haut, au royaume des neiges, depuis longtemps, très longtemps ou de décapiter un énième arbre que de me couper les pattes tout simplement? Juste ce qui est en trop. Il n'y a définitivement pas de juste milieu. En attendant, je découpe une page blanche.

Le Père Noël n'existe pas. Il n'y a que des marchands de bicyclettes. Terrifiante réalité. On m'achète donc un bicross blanc orné d'un arc-en-ciel. On veut que j'avale la pilule sans broncher. Pff! M'en fous! 'Vous crois pas! Qui d'autre qu'un lutin saurait peindre un vélo aux couleurs du ciel? Si les grands parlent trop ou pas assez, c'est parce qu'ils ne savent plus rien. Pff! Je colorie la page blanche.

Le grand terrain vague derrière l'école devient mon QG. Il y pousse sans cesse des bosses comme sur mon front et sur mes genoux. J'accélère jusqu'à ce que mes pieds ne puissent plus rattraper la course effrénée des pédales. Alors au sommet des bosses, je décolle. Je peux toucher un bout du ciel, presqu'arracher un nuage! Hélas, le vélo retombe toujours, constellant mes habits de boue. Je ne suis pas Elliott et l'extraterrestre qui se cache dans mes peluches est en plastoc.

Avec les petits voisins, nous explorons, à l'occasion, des forêts de murmures où serpentent des sentiers sauvages qui chaque fois nous mènent, à ce que nous pensons être un paradis perdu: une clairière soleilleuse. L'eau vive y coule et nous la baptisons "La Cascade". Oui, ça doit être le jardin dont parle le curé à longueur de sermon puisqu'on y croise des anges minuscules. Ils ont des L bariolées d'arcs-en-ciel. Les grands les appellent libellules. N'importe quoi! Les grands aussi font des fautes d'orthographe. J'ai bien vu que ces anges là avaient des milliers de L et non quatre! Je griffonne un ange au pas d'une page.

Sur le chemin du retour, chacun essaie la machine de l'autre. David et Frédéric ont des vélos, rouge et vert. Des vélos de course. Avec des roues si fines qu'ils imitent des frottement d'ailes. Mais on ne vole pas davantage avec ce genre de machine. Où trouver un vélo volant? Papa dit que sous un pneu, il y a une chambre pleine d'air qu'on gonfle comme un ballon avec une pompe et qui peut aussi crever comme un ballon, si l'on roule sur quelque chose de pointu. Pointu comme le ê du rêve. J'ai même vu papa réparer une de ces chambres avec des pansements ronds et noirs.

Un jour, je prends la pompe et décide de voler tout l'air de dehors pour le mettre dans les chambres de mon vélo. Mais elles éclatent! Tous les boîtes de pansements ne suffiront pas à les soigner. Papa se fâche. "Un vélo s'est fait pour rouler! Fabrique toi des ailes en carton si tu veux faire l'avion!" Papa n'a rien compris! Moi je veux rouler...sur les nuages blancs comme pages.

Papi n'existe plus. Avec lui s'en vont les surprises: bonbons, gâteaux, voitures miniatures qu'il apportait chaque semaine dans les sacoches de son vélo. Quand je vous disais que papi c'était un lutin. Je crois qu'il a trouvé le secret pour s'envoler au guidon de sa fantastique machine et gagner le royaume des neiges, là-haut, tout là-haut. Il faut peut-être avoir des jambes et des cheveux qui ne poussent plus pour percer ce secret. Tant pis. J'attendrai.

La famille préfère dire qu'il est mort. Les grands mentent tout le temps. Je tourne la page blanche.

Troisième bientôt. Le bicross orné d'un arc-en-ciel laisse place à un V.T.T puisque ces maudites jambes n'en finissent jamais! Un V.T.T rose et blanc comme une poche de chamallows, un petit pot de glace vanille fraise.

Près de l'école, le terrain est toujours aussi vague mais il n'a plus de bosses. Alors je veux jeter un œil, rond comme une roue, aux vagues de la mer.

De longues balades avec maman. Des vacances tout aussi longues. Des ombres fraîches du Bois du Fil aux pistes cyclables baignées d'une tendre lumière. Jusqu'au bout du monde, là où les bleus se mélangent. De longues balades avec maman; semées de miettes de croissants et de chocolatines, chauds comme le soleil, qu'elle achète toujours à mi-chemin et que nous dévorons en roulant. De longues balades avec maman. Un début, une fin, un milieu. Comme le chocolat dans le pain. Comme la page blanche.

Quatrième bientôt. Mes jambes ont fini de pousser. Mes cheveux, eux, ne l'entendent pas de la même oreille. Il faut encore attendre. Soit. J'ai gardé le vélo rose et blanc. Et toutes les petites cuillères des pots de glace parce qu'un jour, je rejoindrai papi, au royaume des neiges, là-haut. Alors, j'offrirai une cuillère à chacun des lutins pour les remercier d'avoir inventé ces fantastiques machines. Et nous mangerons de la neige arc-en-ciel ou vanille fraise à s'en brûler la langue!

On me dit que ce sera dans longtemps. Très longtemps. Les grands ont des certitudes débiles. J'arrache la page.

J'analyse plus sérieusement le problème. Je possède une fantastique machine en quatre lettres. Je veux trouver le secret du mot composé des quatre mêmes lettres. Il suffirait d'inverser les voyelles. Les voyelles savent voyager parce qu'elles ont des L comme les anges minuscules. Les consonnes, elles, sont plus immuables. Les grands jouent au scrabble quand ils s'ennuient le dimanche. Ils rêvent de X, de mots -compte triple- et d'équations pleines d'inconnues. Les grands sont des consonnes. La page, une case blanche.

Dernier bientôt. Eté. Quinze ou seize ans. Chaque jour, j'accomplis la moitié du trajet pour venir jusqu'à elle. je roule à travers des immensités de vigne, le baladeur sur les oreilles. Je roule vite. Toujours plus vite. Il me tarde tellement de la retrouver. J'ai peur à chaque fois de la manquer. Peur qu'elle ne vienne pas. L'impatience et l'angoisse précipitent ma roue.

Elle m'attend au carrefour des blés, près d'une ferme aux yeux éternellement clos. Elle a posé son vélo bleu au bord d'un fossé, et, allongée dans l'herbe, volets fermés, elle respire le soleil.

J'approche à roue de loup. Elle est si belle que je pourrais me contenter de la regarder. Longtemps. Très longtemps. Je ne suis pas de ces princes idiots qui veulent toujours, d'un baiser, réveiller la Beauté. Ces après-midis recouverts d'azur suffisent. Nos ombres à quinze heures, emmêlées, valent bien des promesses.

Je m'étends près d'elle, simplement. Je me tais. Ses longs cils ont ligoté mon cœur. J'écoute battre le sien. Puis, elle cligne des paupières et surgissent ses yeux. Ses yeux noirs. Aussi noirs que des rustines. J'ai grandi, appris des mots et d'autres terrifiantes réalités. Les grands n'avaient pas dit grand chose de ces frissons au creux du ventre, de ces pensées qui tournent, tournent encore comme dix mille roues autour d'un même nom, de ce cœur qui explose, chambre pleine d'air! Les grands parlent certes mais ne disent rien d'essentiel. Il manque une page.

Parfois, c'est moi qui l'attends. Un peu plus loin. Devant l'église. Je jette mon vélo sur la place, fais les cents pas, trace des ellipses dans le gravier, du bout de mes baskets. Je crains encore son absence. J'enfourne la machine, démarre, accélère, freine de toutes mes forces, dérape. Ellipse parfaite!

Il est peu probable qu'elle m'espère autant que je l'espère. Je ne suis pas un prince. Et les filles, paraît-il, raffolent des princes idiots. Moi, je ne sais pas me battre, je suis une bille au foot. Si je savais voler, je l'emmènerais sur la route des nuages mais mes cheveux poussent encore. Mes roues collent à l'asphalte. Mes roues sont des putains de chewing-gums!

 Les voilà. Elle et son vélo. Son vélo bleu. Aussi bleu que tout ce qui plane au-dessus de nos têtes. Aujourd'hui, elle veut danser. Aujourd'hui, elle veut chanter. Aujourd'hui, elle veut rire. Aujourd'hui, elle veut cueillir des fleurs. Aujourd'hui, elle veut voir dégringoler le soleil de l'autre côté de l'eau. Aujourd'hui, je veux seulement être avec elle.

Demain, nous louerons un tandem et longerons la côte. Avec quatre jambes qui ne poussent plus, nous décollerons peut-être. Pédaler au même rythme s'avère si compliqué! Autant qu'aimer à la bonne cadence. Les grands devraient faire du tandem avant de se marier. Ils s'épargneraient bien des désillusions et d'inutiles mises en page.

La chaîne déraille. J'ai sali mon pantalon. Nous tombons. Elle rit et sa voix balaie la terrifiante réalité. Nous serons grands. Bientôt. Trop tôt.

Un jour, au pied d'un arbre vivant, elle me donne un baiser. J'ai trouvé le secret. Regardez moi! Je vole!


L'apprentie sage

 Il me faut de la matière nocturne. Là. Tout de suite. Là. Tout autour. Me savoir enveloppée plus que couverte. Être une glace à la vanille. Solide et fondante. Cachée sous une seconde peau chocolat. Noir. Entendre l'insatiable bavardage des pendules, le ronron du frigo, ces murs qui soudain, craquent comme des doigts et ce gratte-papier dans ma main gauche. Il me faut tout cela plus quelques souvenirs dont je remue encore les braises parce qu'il fait froid quand même sous le chocolat.

Je n'irai pas au bout de ma pensée. Les fins me terrorisent. Elles ont goût de mort. C'est dégueulasse! C'est comme manger des fourmis. Là, je n'imagine rien. C'est arrivé pour de vrai.

Petite, j'avais un harmonica que j'enterrais souvent dans un coin du jardin. J'enfouissais beaucoup d'autres choses aussi. Pourquoi? Pour le plaisir indescriptible de fouiller la terre, de sentir ses entrailles humides s'insinuer sous mes ongles rongés. Non, j'avoue. Je n'avais pas de conscience aussi élaborée. Juste envie de découvrir des trésors. D'être Long John Silver ou Indiana Jones. J'avais de grands rêves à six ans. Des ambitions de corsaire, joueur d'harmonica.

J'ai tapoté l'instrument afin d'ôter le plus gros de la terre, collé à ma bouche le métal froid. Puis j'ai aspiré fort pour mieux souffler. Et je les ai senties! Grouillant sur ma langue! Affolées tout autant que je l'étais. Entre mes dents! Les fourmis! J'ai recraché. Frénétiquement! Désespérément! Mais je les avais déjà broyées pour la plupart. L'ignoble goût m'infestait. Un mélange indescriptible d'acidité et de douceur. La mort m'avait souillée. 

Après je ne sais combien de brossages de dents, de verres d'eau, j'ai jeté l'harmonica et mes rêves de piraterie à la poubelle. Je serai un clown guitariste.

Est-ce une des raisons pour lesquelles j'écris seulement des poèmes? Le poème, aussi bref soit-il, n'a pas vraiment de dénouement définitif. Il n'admet souvent que des points de suspension, un éventail de possibles où chaque renoncement fait semblant et murmure : "Allons voir ailleurs..."

J'ai peur de la mort, j'ai peur des fourmis et je ne joue pas de guitare.

Aphoryhtme

Photographie & Poésie

Même combat de l'Instant

Beaucoup de ces instants

commencent par un P

Papillon Paradis Parachute

Pipe Peau Pute