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mercredi 17 juin 2026

Recette de l'île flottante

 Nos âmes ouvertes

forment un astérisme

Combustion spontanée

du champignon

Ecorcher le mot

Boire à sa veine

Turlututu fluor

et autres curiosités

Trois tomates poussent

près du mur de lierre

vertes

imprévisibles


Dieu

Jardinier de son état

Illusionniste à ses heures perdues

Nécrophile quand vient décembre

Né à l'arrière du verbe


Bientôt la grève

Bientôt le vent

otage de nos cheveux

et ton sourire

planté comme un couteau

dans l'abdomen sableux


Je passe le temps à t'aimer

et cet amour à t'écrire


Faire de l'absence

l'Entre-deux rêves







mardi 9 juin 2026

La planète des songes

 Nuit est un zèbre

Diode chasse étoile

colore plafond

de bleus électriques

6h05

Rechargeons batteries

de nos oiseaux

de poche

Le jour est à nos portes

plus affamé qu'hier

MONSTRE TUEUR

POLYMORPHE

MONDIALISTE

Au bord du lac de Stymphale

résonnent en hordes les cymbales

Et le plumage taché de sang

Allons! Allons!

Poursuivons la conquête

Conquête de l'espèce!

Que ferons-nous

des résistants?

Des survivants?

Des rêveurs?

On les enverra sur la lune

casser des cailloux

Oui on les enverra là-bas

dès qu'on saura marcher

Il faut ressusciter Kubrick

Ressortir des placards

tous nos kikis cousus

les cubes en kit

Rubik's recollés

Lego défenestrés

Ce qui dégueule de couleurs

contre Architectes éclopés

Même plus de clopes en chocolat

dans les drugstores

Même plus de sifflets au cola

Où est passé le grand condor?

On écrase des zèbres

sur le goudron des villes

Et passent les hommes

Marcheurs débutants





Les soleils morts

 


Voici que tombent à ma porte

toutes les larmes de l'automne

Rouges comme des soleils morts

qui dans le fond des horizons

flottent - flottent encore

Tristan fantômes

en espérant leur chère aimante

leur belle amiante

Vois! L'eau rage!

L'entends-tu

cogner les toits?

griffer le bois

de nos volets?

Ecoute un peu

son vieil ami

Le vent pirate

sabrer des arbres les bras nus

Et l'ombre danse

autour des ans

C'est le crochet du Capitaine

qui voudrait tant

plonger son fer

dans nos cœurs d'encre

et de romance

Ce jour Novembre

a la couleur des peines

Celle qui revêt

Sépulcres, stèles

et les épaves assoupies

au cimetière des baleines

Et dire qu'antan

il était d'ambre

il était nôtre

Notre novembre

Te souviens-tu

comme il chantait

ta chevelure?

Toutes ces fables d'émeraude

qui peuplent encore tes yeux

MON ANGE

T'en souviens-tu?

De ces légions noires de soleils

qui ont bercé nos corps

dans leurs dentelles?

Et du velours du vin

sur nos langues enlacées?

Je n'oublie rien

NON

je sais

le nombre de marches

qui nous séparent du ciel

l'abîme sous mes pas

au tout premier baiser

et tout ce sable

à ne plus savoir qu'en faire

quand tu n'es plus là

pour conter...

Je sais

le flacon et la fée

les rose saumon

les bambous funambules

et les tours

qu'il faut attendre

des pendules

Je sais

mon Ethernité

autour de ton poignet





Devil Spiral

 


MORPHINOMANE

 Brisée

la fiole

sur le plancher

pourri

Gonflée

la veine

la bras

qui pend

dans le vide


Ce qu'il reste

Ce qu'il reste

de corps

en travers

des draps

GIT


Laissons passer l'aile de dieu

au-dessus du jour

L'oubli se compte en gouttes

Chaque heure a son aiguille


Tic ploc

Plic tac

Ouh Ouh

Ouroboros

encore


Dans le soufre des caves

rôde un chat à neuf queues

Au minuit des venelles

les rampantes gémissent


Laissons au bestiaire

manteaux de brume

vestes de loup

chapeaux pointus

Ce qui ronge les sangs

dans la poussière


Ding Dong

Dingue Go

Pour qui sont donc ces cloches

qui chantent dans nos chaires?


Oh Oh

Onomatopée

Pierre babélienne

et Tamerlane?


Ôtés la stèle

le chapitre

Les steppes n'ont plus d'empire

Cachées les croix

au fond des malles

de Nederland


Blanches

Blanches ténèbres

Passons des ponts

Passons des monts

plus acérés

que serre dragon


lundi 8 juin 2026

V _ LOVE

 Trois ou quatre ans. Peut-être cinq. On m'offre mon premier vélo. Un vélo vert. Aussi vert que le sapin au pied duquel il trône. Scintillant davantage sous les guirlandes électriques. Chez qui fêtons-nous Noël? Je ne m'en souviens plus. Y a-t-il une maison? Quatre murs autour? Tout s'efface. Le temps dessine, au milieu de la page, un sapin. Un sapin vert. Aussi vert que le vélo derrière lequel il meurt tout doucement, sans faire de bruit. Quand mes mirettes, elles, brillent! Crient l'incommensurable joie! Oui, j'ai la pupille enguirlandée, criarde et le nez frétilleur parce qu'un arbre, même coupé, ça sent bon la forêt, le soleil d'hiver, les chuchotis de la mousse. Un arbre, même coupé, ça sait tricher, faire croire à des bois magiques. Un arbre, même coupé, de toutes ses aiguilles comme autant de mains, ça réussit forcément les tours de passe-passe.

Il faudra encore attendre trois ou quatre ans, peut-être cinq, pour que je saisisse toute la complexité du tour: la vie peut parfois jouer à faire la morte mais la mort s'amuse, elle aussi, à faire la vie...

J'approche de tout ce vert et constate avec effroi le second crime! Qui a osé défigurer la fantastique machine en y greffant ces petites roues? Qui est le traître? Qui remet en cause mon équilibre? Papi? Non. Il n'aurait pas osé! Il ne fait qu'aider le Père Noël, de temps à autre. Oui, papi c'est comme qui dirait une sorte de lutin mais qui n'habite plus là-haut, au royaume des neiges depuis longtemps, très longtemps. La famille préfère dire qu'il est parti à la retraite mais j'ai vite pigé, moi, avant tout le monde, le fin mot de l'histoire. Je garde le silence.

Ah les horribles roulettes! Maman promet qu'on les enlèvera bientôt lorsque je serai prête à faire du vélo comme les grands. C'est quand bientôt?

Premier bientôt. Sur les trottoirs bordant la longue allée des marronniers, je m'élance, ivre de vitesse et de courage. Chutes à répétition. Inévitable. Genoux en sang. Inévitable. Le métier rentre. Une peau, ça s'écorche facilement mais le plaisir de pédaler, le vent dans le dos, ça, ça rend invincible! Le métier rentre. C'est ce que disent les grands. Les grands parlent trop ou pas assez. 'Y a pas de juste milieu avec eux. Ce n'est pas comme la page blanche.

Second bientôt. Le vélo vert doit être remplacé parce que mes jambes poussent trop vite. Il serait donc plus facile de commander une autre machine fantastique aux lutins du Père Noël, habitant là-haut, au royaume des neiges, depuis longtemps, très longtemps ou de décapiter un énième arbre que de me couper les pattes tout simplement? Juste ce qui est en trop. Il n'y a définitivement pas de juste milieu. En attendant, je découpe une page blanche.

Le Père Noël n'existe pas. Il n'y a que des marchands de bicyclettes. Terrifiante réalité. On m'achète donc un bicross blanc orné d'un arc-en-ciel. On veut que j'avale la pilule sans broncher. Pff! M'en fous! 'Vous crois pas! Qui d'autre qu'un lutin saurait peindre un vélo aux couleurs du ciel? Si les grands parlent trop ou pas assez, c'est parce qu'ils ne savent plus rien. Pff! Je colorie la page blanche.

Le grand terrain vague derrière l'école devient mon QG. Il y pousse sans cesse des bosses comme sur mon front et sur mes genoux. J'accélère jusqu'à ce que mes pieds ne puissent plus rattraper la course effrénée des pédales. Alors au sommet des bosses, je décolle. Je peux toucher un bout du ciel, presqu'arracher un nuage! Hélas, le vélo retombe toujours, constellant mes habits de boue. Je ne suis pas Elliott et l'extraterrestre qui se cache dans mes peluches est en plastoc.

Avec les petits voisins, nous explorons, à l'occasion, des forêts de murmures où serpentent des sentiers sauvages qui chaque fois nous mènent, à ce que nous pensons être un paradis perdu: une clairière soleilleuse. L'eau vive y coule et nous la baptisons "La Cascade". Oui, ça doit être le jardin dont parle le curé à longueur de sermon puisqu'on y croise des anges minuscules. Ils ont des L bariolées d'arcs-en-ciel. Les grands les appellent libellules. N'importe quoi! Les grands aussi font des fautes d'orthographe. J'ai bien vu que ces anges là avaient des milliers de L et non quatre! Je griffonne un ange au pas d'une page.

Sur le chemin du retour, chacun essaie la machine de l'autre. David et Frédéric ont des vélos, rouge et vert. Des vélos de course. Avec des roues si fines qu'ils imitent des frottement d'ailes. Mais on ne vole pas davantage avec ce genre de machine. Où trouver un vélo volant? Papa dit que sous un pneu, il y a une chambre pleine d'air qu'on gonfle comme un ballon avec une pompe et qui peut aussi crever comme un ballon, si l'on roule sur quelque chose de pointu. Pointu comme le ê du rêve. J'ai même vu papa réparer une de ces chambres avec des pansements ronds et noirs.

Un jour, je prends la pompe et décide de voler tout l'air de dehors pour le mettre dans les chambres de mon vélo. Mais elles éclatent! Tous les boîtes de pansements ne suffiront pas à les soigner. Papa se fâche. "Un vélo s'est fait pour rouler! Fabrique toi des ailes en carton si tu veux faire l'avion!" Papa n'a rien compris! Moi je veux rouler...sur les nuages blancs comme pages.

Papi n'existe plus. Avec lui s'en vont les surprises: bonbons, gâteaux, voitures miniatures qu'il apportait chaque semaine dans les sacoches de son vélo. Quand je vous disais que papi c'était un lutin. Je crois qu'il a trouvé le secret pour s'envoler au guidon de sa fantastique machine et gagner le royaume des neiges, là-haut, tout là-haut. Il faut peut-être avoir des jambes et des cheveux qui ne poussent plus pour percer ce secret. Tant pis. J'attendrai.

La famille préfère dire qu'il est mort. Les grands mentent tout le temps. Je tourne la page blanche.

Troisième bientôt. Le bicross orné d'un arc-en-ciel laisse place à un V.T.T puisque ces maudites jambes n'en finissent jamais! Un V.T.T rose et blanc comme une poche de chamallows, un petit pot de glace vanille fraise.

Près de l'école, le terrain est toujours aussi vague mais il n'a plus de bosses. Alors je veux jeter un œil, rond comme une roue, aux vagues de la mer.

De longues balades avec maman. Des vacances tout aussi longues. Des ombres fraîches du Bois du Fil aux pistes cyclables baignées d'une tendre lumière. Jusqu'au bout du monde, là où les bleus se mélangent. De longues balades avec maman; semées de miettes de croissants et de chocolatines, chauds comme le soleil, qu'elle achète toujours à mi-chemin et que nous dévorons en roulant. De longues balades avec maman. Un début, une fin, un milieu. Comme le chocolat dans le pain. Comme la page blanche.

Quatrième bientôt. Mes jambes ont fini de pousser. Mes cheveux, eux, ne l'entendent pas de la même oreille. Il faut encore attendre. Soit. J'ai gardé le vélo rose et blanc. Et toutes les petites cuillères des pots de glace parce qu'un jour, je rejoindrai papi, au royaume des neiges, là-haut. Alors, j'offrirai une cuillère à chacun des lutins pour les remercier d'avoir inventé ces fantastiques machines. Et nous mangerons de la neige arc-en-ciel ou vanille fraise à s'en brûler la langue!

On me dit que ce sera dans longtemps. Très longtemps. Les grands ont des certitudes débiles. J'arrache la page.

J'analyse plus sérieusement le problème. Je possède une fantastique machine en quatre lettres. Je veux trouver le secret du mot composé des quatre mêmes lettres. Il suffirait d'inverser les voyelles. Les voyelles savent voyager parce qu'elles ont des L comme les anges minuscules. Les consonnes, elles, sont plus immuables. Les grands jouent au scrabble quand ils s'ennuient le dimanche. Ils rêvent de X, de mots -compte triple- et d'équations pleines d'inconnues. Les grands sont des consonnes. La page, une case blanche.

Dernier bientôt. Eté. Quinze ou seize ans. Chaque jour, j'accomplis la moitié du trajet pour venir jusqu'à elle. je roule à travers des immensités de vigne, le baladeur sur les oreilles. Je roule vite. Toujours plus vite. Il me tarde tellement de la retrouver. J'ai peur à chaque fois de la manquer. Peur qu'elle ne vienne pas. L'impatience et l'angoisse précipitent ma roue.

Elle m'attend au carrefour des blés, près d'une ferme aux yeux éternellement clos. Elle a posé son vélo bleu au bord d'un fossé, et, allongée dans l'herbe, volets fermés, elle respire le soleil.

J'approche à roue de loup. Elle est si belle que je pourrais me contenter de la regarder. Longtemps. Très longtemps. Je ne suis pas de ces princes idiots qui veulent toujours, d'un baiser, réveiller la Beauté. Ces après-midis recouverts d'azur suffisent. Nos ombres à quinze heures, emmêlées, valent bien des promesses.

Je m'étends près d'elle, simplement. Je me tais. Ses longs cils ont ligoté mon cœur. J'écoute battre le sien. Puis, elle cligne des paupières et surgissent ses yeux. Ses yeux noirs. Aussi noirs que des rustines. J'ai grandi, appris des mots et d'autres terrifiantes réalités. Les grands n'avaient pas dit grand chose de ces frissons au creux du ventre, de ces pensées qui tournent, tournent encore comme dix mille roues autour d'un même nom, de ce cœur qui explose, chambre pleine d'air! Les grands parlent certes mais ne disent rien d'essentiel. Il manque une page.

Parfois, c'est moi qui l'attends. Un peu plus loin. Devant l'église. Je jette mon vélo sur la place, fais les cents pas, trace des ellipses dans le gravier, du bout de mes baskets. Je crains encore son absence. J'enfourne la machine, démarre, accélère, freine de toutes mes forces, dérape. Ellipse parfaite!

Il est peu probable qu'elle m'espère autant que je l'espère. Je ne suis pas un prince. Et les filles, paraît-il, raffolent des princes idiots. Moi, je ne sais pas me battre, je suis une bille au foot. Si je savais voler, je l'emmènerais sur la route des nuages mais mes cheveux poussent encore. Mes roues collent à l'asphalte. Mes roues sont des putains de chewing-gums!

 Les voilà. Elle et son vélo. Son vélo bleu. Aussi bleu que tout ce qui plane au-dessus de nos têtes. Aujourd'hui, elle veut danser. Aujourd'hui, elle veut chanter. Aujourd'hui, elle veut rire. Aujourd'hui, elle veut cueillir des fleurs. Aujourd'hui, elle veut voir dégringoler le soleil de l'autre côté de l'eau. Aujourd'hui, je veux seulement être avec elle.

Demain, nous louerons un tandem et longerons la côte. Avec quatre jambes qui ne poussent plus, nous décollerons peut-être. Pédaler au même rythme s'avère si compliqué! Autant qu'aimer à la bonne cadence. Les grands devraient faire du tandem avant de se marier. Ils s'épargneraient bien des désillusions et d'inutiles mises en page.

La chaîne déraille. J'ai sali mon pantalon. Nous tombons. Elle rit et sa voix balaie la terrifiante réalité. Nous serons grands. Bientôt. Trop tôt.

Un jour, au pied d'un arbre vivant, elle me donne un baiser. J'ai trouvé le secret. Regardez moi! Je vole!


L'apprentie sage

 Il me faut de la matière nocturne. Là. Tout de suite. Là. Tout autour. Me savoir enveloppée plus que couverte. Être une glace à la vanille. Solide et fondante. Cachée sous une seconde peau chocolat. Noir. Entendre l'insatiable bavardage des pendules, le ronron du frigo, ces murs qui soudain, craquent comme des doigts et ce gratte-papier dans ma main gauche. Il me faut tout cela plus quelques souvenirs dont je remue encore les braises parce qu'il fait froid quand même sous le chocolat.

Je n'irai pas au bout de ma pensée. Les fins me terrorisent. Elles ont goût de mort. C'est dégueulasse! C'est comme manger des fourmis. Là, je n'imagine rien. C'est arrivé pour de vrai.

Petite, j'avais un harmonica que j'enterrais souvent dans un coin du jardin. J'enfouissais beaucoup d'autres choses aussi. Pourquoi? Pour le plaisir indescriptible de fouiller la terre, de sentir ses entrailles humides s'insinuer sous mes ongles rongés. Non, j'avoue. Je n'avais pas de conscience aussi élaborée. Juste envie de découvrir des trésors. D'être Long John Silver ou Indiana Jones. J'avais de grands rêves à six ans. Des ambitions de corsaire, joueur d'harmonica.

J'ai tapoté l'instrument afin d'ôter le plus gros de la terre, collé à ma bouche le métal froid. Puis j'ai aspiré fort pour mieux souffler. Et je les ai senties! Grouillant sur ma langue! Affolées tout autant que je l'étais. Entre mes dents! Les fourmis! J'ai recraché. Frénétiquement! Désespérément! Mais je les avais déjà broyées pour la plupart. L'ignoble goût m'infestait. Un mélange indescriptible d'acidité et de douceur. La mort m'avait souillée. 

Après je ne sais combien de brossages de dents, de verres d'eau, j'ai jeté l'harmonica et mes rêves de piraterie à la poubelle. Je serai un clown guitariste.

Est-ce une des raisons pour lesquelles j'écris seulement des poèmes? Le poème, aussi bref soit-il, n'a pas vraiment de dénouement définitif. Il n'admet souvent que des points de suspension, un éventail de possibles où chaque renoncement fait semblant et murmure : "Allons voir ailleurs..."

J'ai peur de la mort, j'ai peur des fourmis et je ne joue pas de guitare.

Aphoryhtme

Photographie & Poésie

Même combat de l'Instant

Beaucoup de ces instants

commencent par un P

Papillon Paradis Parachute

Pipe Peau Pute

 


BROUILLON

Dimitri marchait depuis des heures. Il avait cessé de compter. Il devait vider sa tête. C'était nécessaire. PIMORDIAL. Et dans ce genre de situation, seuls ses pieds rudement mis à l'épreuve, savaient soulager cette foutue mémoire interne! Marcher. Marcher jusqu'à réduire la plus insidieuse des pensées au néant. Marcher encore. Jusqu'à la nuit. Tomber comme une étoile. Peut-être même marcher jusqu'au petit jour et fondre lentement sous le sourire aveuglant du soleil. Marcher et ne plus penser. Surtout ne plus penser!
Il avait quitté les grands axes de la ville et leurs foules bruyantes pour s'enfoncer dans l'ombre d'innombrables ruelles lorsqu'il remarqua, sur le trottoir d'en face, l'étrange devanture d'un magasin sur laquelle s'inscrivait en lettres gothiques d'un rouge criminel :

ABRICADABRAC

D'habitude, il aurait passé son chemin, mais là, il traversa la rue et se figea devant la vitrine complètement opaque. Il posa sans trop réfléchir une main sur la porte, prêt à la pousser lorsque celle-ci sembla s'ouvrir d'elle même. Alors apparut une dame petite et âgée, qui le toisa, en silence, derrière des lunettes aussi rondes que ses joues. Puis elle lui sourit, dévoilant une rangée de dents dorées, plus aveuglantes que le sourire du soleil auquel il songeait quelques instants plus tôt, et lui dit:
- Mais entrez donc jeune homme! Vous m'avez l'air perdu...Puis-je vous aider?
- Perdu? Répondit Dimitri. Je ne sais pas si c'est le terme qui convient le mieux. J'ignore, à vrai dire, dans quelle partie de la ville nous nous trouvons mais ce n'est pas important.
- Pas important? Répliqua la vieille...Hum...Cela dépend de ce que vous cherchez.
-Oh non! Je ne cherche rien moi madame. Enfin si. Disons que je cherche à oublier mais je doute que vous vendiez de l'oubli ici.
- Certes, peut-être pas l'oubli au sens où vous l'entendez mais vous seriez surpris de ce qu'on peut dénicher dans cette échoppe.
- Veuillez m'excuser mais je n'ai guère l'esprit curieux ou brocanteur aujourd'hui. Une prochaine fois, ce sera avec plaisir mais là non. Je suis plus occupé à...
Dimitri stoppa net cette amorce d'aveu. Il n'était pas du genre à raconter sa vie au premier venu. Il détestait même celles et ceux qui présentaient un pareil penchant. Pathétique! Carrément. Pourtant, face à cette vieille dame dont le visage irradiait de quiétude, il se sentit prêt, soudain, à déballer sa misérable existence. Et si c'était là le remède à son mal? Tout raconter à une inconnue. Vider son sac, sa tête et repartir sans rien. Ah si c'était si facile de se débarrasser de soi! Aussi facile que de se délester de son argent. Ca se saurait non? Cette étrangère qui l'observait dans la demie pénombre, n'était point là pour écouter ses élucubrations. Elle était là pour vendre cette bonne vieille dame! Il allait la saluer et prendre congé quand icelle répliqua:
- A fuir cher monsieur. C'est ce que vous vouliez dire non? Que vous étiez plus occupé à fuir? Vous savez, nous fuyons tous en quelque sorte. Seules les manières diffèrent.
Dimitri la regarda avec stupéfaction. Quelle grand-mère bizarre! Avait-elle coutume d'aborder ainsi les visiteurs? Il trouva même cela légèrement flippant. C'est alors qu'il ressentit une fatigue subite dans les jambes et avant même qu'il ait fini d'appréhender cette sensation de lourdeur, la vieille lui proposa de nouveau son aide.
- Venez donc vous reposer un peu dans ma boutique. Cette longue marche a dû vous épuiser. La fuite exige toujours du répit. Un minimum. Allez, ne faîtes pas l'entêté et entrez.
Son sourire redoubla d'intensité. Dimitri, complètement désappointé, fit un pas en avant. Encore un pas de plus et il entra.

Note : l'auteur ne pouvant affirmer avec certitude s'il y aura une suite, vous prie donc dores et déjà de l'excuser. Il n'est ni romancier, ni novelliste. Les jours de grande vanité, il lui arrive de se proclamer poète. Qu'est-ce qu'un poète? En tout cas, pas un coureur de fond.









L-I-S-E

 Lise et ses cheveux

plus tristes que la suie

tombent sur mon corps

corps sans bruit

la jolie neige de carbone

tout en flots consonants

Lise et ses grands cils de poupée

lie cœurs d'amantes

à la terrasse d'un café

Lise en silence

tourne une paille

du bout des doigts

dans un soda

Lise et ses yeux diluviens

dit

qu'elle aime bien ma peau

les mises en bouche clandestines

entre deux hôtels sans nom

Lise m'attend le long des quais

croque une pomme

ou un passant

dans un carnet

pages cornées

Lise a 20 piges

moins cet automne

Lise a le temps

fume des tiges

très très tassées

à la station Arts&Métiers

Lise aime les films

en noir et blanc

la bière brune

et le nain jaune

Lise a des théories

sur les hommes verts

et la blondeur des princesses

Lise en connait tout un crayon

quand on lui parle d'impressions

de nus couchés

de phylactères

Lise souvent laisse sa mine

courir mes formes

"érométriques"

Puis Lise part avant la lune

rejoindre fées et farfadets

La rue s'allume

Il faut rentrer



21 octobre 2009




La théorie des cordes

 Au cœur de la matière joue le violon

céleste génome

qui sait la corde diviser

pour une quinte

Essence ou note

Univers aux zones d'ombres

cantatrices

Vers uni aux oreilles absolues

Troglodytes harmonisent

maculés troglodytes

et Mozart rit

plus fort

qu'il n'a quitté Lumières

Lumières et 4 TEMPS

sous les cordes tombées

pieds devant

pour la fosse

Note ou pause

A demi

S'ouvre le ciel

pour une clé de sol

et l'Hermès chimique

nos corps balancent

au bout des cordes



OREMUS

 


Ecrire

Ce que jamais nous ne serons

Des heures hindoues en file indienne

Coques échouées le long des draps

Sonneries stridentes, chocolats chauds

Tasses fumantes

Et tout ce temps qui court jusqu'au soir

Des fards en vrac près du miroir

Beau "masquillage" de carne ovale

Des fringues jetées sur un fauteuil

D'autres étendues sur le même fil


Loin, très loin

Ecrire

Ce que nous sommes étrangement

La longue attente semée de songes

Tant de si-lances après la rime

Ces lettres chères au fond d'un coffre

Il n'y a pas d'aube sans la pleurer

Sans l'effleurer du bout de l'âme

J'ai remué enfer et ciel

Cendres et grains

Pour un parfum

Une couleur

Le chant de ses lèvres

Tout au bord de ma peau


Sortez les couteaux! Taillez donc ce coeur!

Bout de branche morte

Taillez le! Bois en croix!

Non! Faîtes le flûte

Traversière

Ou nez de Pinocchio

Qu'il souffre comme sifflent les oiseaux


Loin, très loin...



 

jeudi 30 novembre 2023

Autopsie de l'asphalte

 J'ai distillé roses
& draps
maculés de sang

Dans la famille des cordes
Donnez moi
 le violon
tzigane
au fil de l'eau

Ecoute ces cassures!
les branches qu'on dessoude
les chaines qui balancent
le muscle bateleur

Ecoute!

La pluie va tomber
et le ciel avec elle

Nous franchissons des ponts
et la foule avec nous
La reine n'a plus sa tête
Les anges jouissent en chœur

Ecoute!

La pluie va tomber
et le ciel avec elle

Les villes se ressemblent
avec leurs ponts et leurs hôtels
des voûtes des vitraux
des bancs des cimetières
des bars au coin des rues
des croix vertes
des passants carnivores

La pluie va tomber
et le ciel avec elle

Ecoute!

Las, sur un trottoir 
plus régulier qu'un verbe
j'écrase ma cigarette

Il faudra dire tout ça
un jour ou l'autre
Au revoir 
peut-être
sûrement
à deux marches de l'autel

Le ciel va tomber
et le ciel
et le ciel
avec elle


2009


Miroir d'eau




Narcisse est une lune déchue
"Déchu-hu-hu-uuuu"
redit Echo

Aux eaux dormantes l'astre est allé
mirer sa pomme vaniteuse

Aux eaux troublantes il s'est noyé
Les fleurs sont belles, vénéneuses

Miroir!
Mon Eau Miroir
Beau Miroir
D'eau
Dis-moi

si le reflet vaut tous ces Ô!
ces larmes pâles comme mes os
ces écarlates
ces doux mots

Le soir on nait marquise ou bien martyr
sous les néons bien impolis
des grandes villes

Le soir on est Art triste ou pantomime
derrière des murs de verre
entre les lignes

Narcisse n'a plus de jambes
"de jaaaan ammmmbes"
redit Echo

Comme une fleur des eaux salées
Il pleure des vagues et des silences
qui font des ronds
des ri-co-chets
là sur la glace des apparences

Miroir
Mon Eau Miroir
Beau Miroir
D'eau
Dis-moi

Si la surface détient la faux
Si l'âme déteint sur les coraux
étranges corps qui dorment
au gré des flots

D'un sommeil de lys
où Belle Ophélie
dans son lit de pétales
sourit

D'un long songe bleu
où ma belle folie
dérive
tout doux
vers la mort



2009


Les Fables des fontaines




















Les chants de la Fontaine
sont-ce nos amours mortes?
Les herbes ont poussé
nos veines, tari

Il y eut une aube et une nuit

L'eau nous rassemble
dans ses bras nus
Le Sphinx cache l'Ondine
Le jeu des eaux
scellées aux pierres
comme mon œil
à ton cuivre

L'eau nous ressemble
Infiniment
Souffleuse de rêve
Cracheuse d'âme
qui aime l'air
de temps en temps

L'Ombre s'allonge
Les brumes serrent

Je t'ai trouvée
si belle

Il y a longtemps
Il y a longtemps

Les Fables des Fontaines
parlent de nymphes et d'hirondelles
dans tes jardins très à l'anglaise

Laisse nos coeurs reposer
près de ces sources indolentes

Il y eut une aube et une nuit

Un éternel recommencement



2009

lundi 10 juillet 2023

Ex cathedra

J'aime les églises
J'aime pénétrer leurs nefs
hanter leur chœur
Il y fait toujours frais
Une église c'est un peu
comme une aurore
un matin conquérant
quand tout l'espoir du monde
cogne aux tempes
J'aime les églises
Davantage en été
Derrière leurs battants
on échappe aux chaleurs
accablantes
qui vous bitument
les poumons
mieux qu'un embaumeur
de Memphis
J'aime les églises
Ne vous risquez pas
à passer chez moi
à l'improviste
quand vient juillet
Vous ne trouverez guère
âme qui "vibre"
dans cette étuve
Je suis aux temples de ma ville
terres d'ombres et d'exil
où chaque pierre
ainsi taillée
dressée
altière
infirme l'homme
affirme des faits
confirme l'infini
Si la voûte céleste
est affaire divine
ces voûtes là
sont subsistance
mémoire
ce qu'il reste de
souffrances 
anonymes
tant et temps
de beauté 
cette même beauté
 jaillissant 
du coup de pioche
qui sépare 
la roche
du minerai
Une église
c'est une équation
ultime
démonstration d'absolu
tentative désespérée
de reproduire l'univers
de capturer Dieu
C'est un crime
presque parfait
On a contraint les cieux
à avorter
pour que les siècles
Eux
dans la poussière
dans le sang
enfantent 
des croix
Et les flèches des églises
instruments chirurgicaux
d'une terrifiante précision
curètent le Très Haut
encore et en corps





RAISON CLOSE

Des Ans chantés par nos deux coeurs
 Melancholia des temps nouveaux
qui redessine sur mon front blême
le cher souvenir de ta peau

Il faudrait un de ces hasards
pour que j'en retrouve l'odeur
Musc et Musique des voiles
qu'alors revêtiront tes chairs

Belle alanguie sur des nuages
plus sombres qu'un cortège en pleurs
Tu répandais certaines grâces
comme une lune pleine embrasse

Je suis ce chat au haut de forme
obnubilé par tes cambrures
Celui qui voit mieux que les hommes
ce qu'une âme compte de ratures

Je suis le Mal Inquisiteur
dans la pénombre d'un bordel
ou bien ce rat qui toute à l'heure
fuyait de veines en venelles

Chaque Fragrance a Madeleine
sa concubine inavouée
la lente et douloureuse peine
qui vient sucer l'éternité!

J'ai laissé choir le verre d'absinthe
sur le plafond du vieil hôtel
Tu n'étais plus que longue plainte
parmi les cris des maquerelles

J'suis pas foutu d'éjaculer
Pas plus foutu de t'oublier
Aurais je écrit mon dernier vers?
Ce vers d'absence au pied chimère...




Delirium Tremens


Mon acide bucolique
Aube à large volant
T'ai-je déjà dit
que le vers ne vaut rien
si tu n'effleures plus ma plume

Ma bayeuse aux étoiles
Fille de l'ombre, belle
Que puis-je écrire - Quand 
vertu si petite soit elle
point ne fait la grandeur

De nos ivraies complexes
De nos A circonflexes

Absence est mer à boire
-Juré!-
Mes yeux, ces dés à coudre
- Craché!-
où des lunes sourdes et noires
sournoisement se noient

Les vraies promesses jamais ne tiennent

Voici le grain! Voici l'ivresse!
Le sang résonne comme un métal
et du pavé jusqu'au heurtoir
Eddy titube
Eddy trébuche

Il est un parallèle sous lequel
les brumes se confondent en écumes
puis dessinent des voiles
bien plus blanches qu'Egée

Je ne verrai pas ces autres peines
ces morgues rues, ce mal en fleur
Car Baltimore ouvre sa gueule
pleine de crows
déchire hard heur'
comme une lune
de ses crocs
lacère le ciel

Chapeau s'envole!
Voici la Mort!





 

vendredi 16 juin 2023

Histoire ordinaire

La marchande de papier - de papier d'Arménie
tout le jour déambule dans les rues de Paris
Son chat persan perché sur son épaule
Ce chat persan à l'œil percé - Que c'est drôle
Un chat pelé qu'elle porte comme une croix
comme un tumeur enflant et ronronnant
Un destin de bossue qui zig ici zag là
D'impasse en porche - de porche en pont
C'est une histoire de petit chaperon

Le Poète a promis de parler de sa vie
Ce poète cabot qui l'appelle "Chat Beauté"
Qui caresse sa peau, qui apaise son mal
puis pénètre ses chairs dépenaillées
et qui chaque fois repart au point du jour
quand le sommeil viendrait à point nommé
Mais les bruits de la ville causent aux pauvres
une langue sinistre, une histoire de survie.




Moonwalker II

 

à M.J

L'homme marche sur la lune
Il n'a pas de scaphandre
Non pas de scaphandre

L'homme marche sur la lune
Il porte un gant
Un gant comme une étoile
Un gant comme des milliers
Et dans son poing serré c'est tout un ciel
Oui tout un ciel

Remember! Remember!

L'homme marche sur la lune
Il n'a pas de couleur
ou bien peut-être trop
Il est over
Over the rainbow

L'homme marche sur la lune
Il porte des chaussettes
blanches comme cendres
Et glisse sa semelle sur les larmes vernies

Remember! Remember!

Il vient d'un royaume
où l'on ne grandit pas
où l'ombre se découd
où l'on rêve debout

Voilà qu'il erre sans nez
Héros russe malgré lui
Et si comptine disait vrai

Jamais! Plus Jamais!

Vois ce château de carton
ce visage de papier
ce chagrin qui se cache
sous un smile en cartoon
L'exigence du songe
et ces masques en sky
by the light of the moon

Jamais! Plus Jamais!

L'homme marche sur la lune
parce qu'il ment comme un enfant