vendredi 22 décembre 2017

Si elle m'était contée...


J'entends parfois sonner les cloches
sous les flots calmes de la baie
Résonnent encor bourdons fantoches
nos corps pris à la dérobée

Près d'une chapelle surgie des sables
tu parles si joliment l'antan
Ta voix redonne souffle aux fables
dans nos âmes vieilles de dix mille ans

Conte-moi les mondes engloutis
la cité dort sur un lit d'algues
un roi qui pour sa fille bâtit
ce grand palais contre les vagues

Combien de grains font une plage?
Combien de liais pour cette tour?
Autant de larmes sur le rivage
laisserons-nous au point du jour!

Lorsque l'aurore découd nos ombres
à l'orée jaune et pernicieuse
un autre masque ouvre la tombe!
Une autre ride que la vie creuse!

Loin de ta peau je vais mentir
à tout ce qui n'est pas ce nous
Loin de ta peau m'anéantir…
Diable de Dieu tourne l'écrou!

La lune est tombée dans le puits
L'eau a perdu son bel aimant
Et tout le jour j'attends la nuit
les yeux de cendres le cœur dément

Ici n'est plus vraiment chez moi
Trop de semblant! Trop de bitume!
Quand tout me crie "Il y a là-bas
libre pensée berceaux d'écume…"

Reverrons-nous les hautes digues
au crépuscule de cette abîme
avant que la mer en furie
ne crache ses flammes aigue-marine?

L'horizon s'ouvre…Fermons l'écluse!
Au liseré de nos paupières
de fines fleurs de sel médusent
le temps comme un "rêve de pierre"

Tu as fondu les clés d'argent
en deux anneaux indéfectibles
et le vent nous dévisageant
porte nos vœux à l'Indicible…

2009



Le conciliabule des fées et sœurs Silènes

(En collaboration avec Lucy Dayrone)

C'est la bonne heure.
Rêvons de bois sous les cieux et de nos yeux en sous-bois. 
Le jour qui filtre par les futaies déverse sur les troncs de longs rais verdelets comme si ces arbres millénaires créaient leur propre lumière.
-Havre de Paix & Œuvre d'Harmonie-
Alanguies sur un tapis de mousse, à l'ombre d'un vieux chêne, dont les branches lourdes et noueuses dessinent sur votre blanche peau, leurs doubles ténébreuses, vivons-nous ce doux rêve, rêvons-nous cette douce vie où nous aurions pour seul toit d'épaisses frondaisons ?
Un escadron de fées joue dans vos cheveux libres comme l'air. D'un geste de la main, gracile et candide, vous les chassez un peu plus loin, esquissant d'invisibles arabesques et d'éternels sourires qui m'enchantent bien davantage que ces petits êtres magiques.
Nos robes virginales toutes de soie moirée s'accrochent au lit de la forêt et celui-ci nous ouvre grand ses draps faits d'herbes, de feuilles, de brindilles et de fleurs. Languissons-nous encore! 
Vous riez. Mille éclats de notes cristallines qui font éclore autour de nous de tendres violettes. Notre couche devient alors un océan de pensées agité de vagues plus parme que la chape des prélats. Vous faites et défaites à votre désir. 
Je cueille quelques-unes d'entre elles pour tresser de leurs corolles une couronne qui parfumera  votre front tandis que vous contemplez le soleil suspendre à ma chevelure ses boucles d'ambre.
Riez encore! Regardez-moi ! Buvez la rosée qui voile mes yeux de tant vous aimer ! 
Tout près, le lac unit son chant immobile aux pépiements des oiseaux, gais, insouciants, bateleurs.
Etait-ce vous la Belle Dame Sans Merci ? Oh ! Je ne saurais dire…Mais de nos heures rêvées, mon Amour, je puis répéter vos derniers mots avant que l'Obscur ne happe nos corps : "Vous ai-je dit combien demain sera toujours plus qu'aujourd'hui?"
Lorsque je voulus rendre à votre bouche le baiser qu'elle m'avait offert, j'avais déjà regagné l'Autre Monde! Un monde de collines froides et grises ! Un monde qui lui, hélas, ne nous appartient pas!
Depuis Vous, j'erre le jour ! Espère la nuit !
Et j'attends la bonne heure…

2009


Ce que le short message service ne dit pas


Je dessine un matin, peut-être un zénith ou même une nuit…Je ne sais plus très bien…
Volets clos, persiennes fermées, rideaux tirés. Je dessine du temps où mon nu se blottit contre ton nu.
J'enfouis mon visage dans tes cheveux endormis. Je te respire comme on respire un souvenir de jeunesse, comme on recompose un passé, comme on s'approprie le paradis. Je voudrais capturer tes essences, tes arômes, tes phéromones dans le filet à papillons qui termine mon nez et s'agite, ivre, impatient, presque frénétique!
Je dessine du temps qui toujours nous nargue. Et si c'était le temps qui crayonnait nos corps enlacés dans la pénombre? Et si c'était lui le chasseur d'éphémères? L'artiste irascible qui n'en fait qu'à sa guise?
J'embrasse ta nuque rêveuse avec la légèreté de l'aile tandis que j'effleure d'une main ton bras replié sur l'oreiller.
Je t'enlace, te presse contre mon sein et ta cambrure épouse mon ventre. Mes doigts courent! Mes doigts tournent! Mes doigts valsent sur ta peau ! Petits rats d'opéra amoureux de l'étoile…Ils neigent sur tes vallons! Tu fais chuchoter ces doigts comme la brise fait chuchoter les feuilles des arbres. Chuchoter des alphabets, des escaliers, des tiroirs secrets.
Tu soupires, je m'insinue dans tes songes.
Mes baisers recouvrent ton dos et je souffle sur tes chairs comme on souffle sur des braises pour que renaisse la flamme.
Alors tu te tournes et me souris, paupières encore scellées.
Mes lèvres s'attaquent à tes lèvres, à ton cou, à tes seins qui se soulèvent à peine. Il fait toujours sommeil pour toi et pourtant je sens naître tes frissons telles des vaguelettes.
Je laisse ma langue franchir le rempart de mes dents et voici qu'elle dévale tes pentes! Ivre, impatiente, presque frénétique!
Puis tes fanaux s'allument, m'éclairent de leurs lumières vertes et dévorantes. Est-ce là ton consentement?
Je poursuis ma folle descente, mes jeux de main & de dés sires.
De mémoire d'âme, jamais je n'ai espéré quiconque comme je t'espère. Comment décrire cet état d'urgence et de folie qui secoue mes sens? Tous les matins, tous les zéniths, toutes les nuits n'y suffiraient pas! Il faut se résigner. Il y a des joutes qui se perdent mais on ne peut nous blâmer d'essayer…
Ma chevelure se fait lierre, t'emprisonne. Et ma bouche et mes doigts glissent entre tes jambes. Laisse-toi défaillir! Laisse-moi me délecter de tes moiteurs intimes! Laisse-moi croire qu'il n'y aura plus de temps dans d'autres bras! Laisse-moi oublier tout ce qui n'est pas nous!
Deviens ma dernière fois…

2009


Les No man's landes

A l'empreinte du loup
quand l'aurore fait encore
la lune
des no man's landes
je boirai la rosée

Pour qu'à la prochaine nuit
ronde comme la lune
je coure la forêt noire
de tout ce moi sidéral

&

l'Homme dort
Rêve –immobile-
dans sa bière de coton
d'un dream sans mobile
mais qui porte toujours
toujours le même nom

Je ne crois pas au Hasard
Ciel est un livre savant
Toutes les lignes parallèles
finissent par se croiser
un jour ou l'autre
nuit

Il n'est question que d'elle

De la trace à la transe
De la danse à la chasse

Lorsque les fleuves
serrent dans leurs bras
tant de contes d'hiver
&
les plaines inventives
parlent bas
dans leurs hautes herbes

A l'empreinte du loup
s'attache le bruit

2009



Ebauche n°1

Je suis la carcasse d'un rafiot échouée sur les toits
Mes voiles –jusqu'au souvenir- se sont envolées
dès l'ébauche du geste vers l'est
Je suis les reliques métalliques qui crissent aux brises matinières

A ma quille rouillée s'accrochent les haillons de la nuit
Ceux qui furent encore surahs avant que l'œil n'éclose

La mer a disparu & le ciel s'éloigne à grands pas

Je comprends l'arbre qui n'a plus que ses branches
comme d'immenses mains pour choper le néant

Il n'y a pas si longtemps je comptais encore les vagues
Lui ses feuilles pas tout à fait mortes

Mais nous nous consolons d'un arc-en-ciel
qui brandit fièrement son spectre
par-dessus le trafic
& du vol sans bavure des oiseaux en costumes

Trop tard! Trop tôt!

Je ne suis plus
Rien de bien rien de beau…coup fatal…
Lorsque la diane hardie sournoise
à nos songes m'arrache

Ton rire disparaît & tu t'éloignes à grands pas

2009

Histoires de sirènes


Elle rêvait, rêve, rêvera…
Des histoires de sirènes
Pas de celles qui égorgent la nuit
de leurs serres trop blanches
mais de celles qui enjôlent
le cœur trop bleu des matelots

On dit que si la mer est trop salée
C’est parce qu’elles ont trop pleuré
On dit beaucoup de choses à fables
sur celles qu’on entend mais ne voit guère
Leur Chant, parait-il, est à la Musique
ce que l’Ange est au Paradis

On raconte même qu’en l’Antique Ere
elles aussi, possédaient de nobles ailes
à rendre jaloux les Séraphins
Mais parce qu’elles poussaient trop bien la note,
Les Muses, envieuses, arrachèrent leurs plumes
une à une comme on effeuille Marguerite
Et de leurs pennes firent des diadèmes perlés de sang

Ainsi déchues, beaucoup devinrent rochers
puis lentement moururent
Les autres se jetèrent du haut des falaises
et aux Abysses se réfugièrent
Appelez les Filles de Neptune, Néréides, Ondines
ou comme il vous plaira

On dit qu’elles ont gardé de leur passé
d’angéliques visages sertis d’incroyables cheveux
qu’elles se plaisent à peigner au clair de lune
sur des écueils filant au gré des courants
De longues chevelures plus mouvantes que les vagues 

Aujourd’hui elles n’espèrent des étoiles
qu’un reflet prisonnier des flots
et leurs yeux dérivent vers les cieux perdus 

On dit que leurs écailles scintillent davantage
qu’Océan & Au-delà
On dit qu’il ne faut point les approcher
sous peine de succomber
Quiconque les frôlera devra mourir d’amour !
C’est ce que disent les Légendaires 

On se souvient du Grec accroché à son mât
et de ses hommes aux ouïes cachetées de cire
On se souvient du triste conte danois
et d’autres illusions latines

Je n’ai pas oublié
Bermudes est en Janvier
La tombe du Poète sous la pluie
Non je n’ai pas oublié
les histoires extraordinaires
Dont elle peuple mon cœur
Comme si nous rêvions du même rêve
Et le sable voyage sur un air atlantique
de la plage à ces pages
qu’elle ne cesse d’écrire

Quelques grains dans la reliure
La plus belle des aventures
Comme si nous rêvions du même rêve

J’imagine sa jambe que le songe
Viendra encrer tantôt
C’est pour elle que j’écris ce soir
Et mes yeux dérivent vers les cieux retrouvés

Je la veux Promesse, elle me veut Sirène
Elle me veut Océan, je la veux Au-delà


2009



Les feux de brume

Entraîne-moi dans les brumes…Là-bas…
Où les dieux forgent les orages
Où les monts de leurs cimes altières pénètrent les nues
C'est là que dansent de petits diables aux jambes nues
Et les filles du vent veilleuses sauvages


Entraîne-moi dans les brumes…Là-bas…
Redis-moi ce baiser qui roule comme un fleuve
Semeur d'oubli ou de douces paroles
Et cet œil comme un champ de fumerolles
Que seules tes mèches ardentes violemment émeuvent

-Puisque le sort sied si bien à nos âmes éperdues-

Promène-moi dans les bois…Là-haut…
Où la terre se touche et se respire encore
Où le loup guette le faux pas de la biche
C'est là que vivent les nains aux longues barbiches
Et la dame trop blanche qui jamais ne dort

Promène-moi dans les bois…Là-haut…
Redis-moi ce Destin qui nous tient dans son ventre
Cette couche solennelle sous les feuillées pluvieuses
Où nos courbes s'enchevêtrent comme nos rimes fiévreuses
Quand sifflotent sur les branches ribambelle de chantres

-Puisque le sort sied si bien à nos âmes éperdues-

2009